La Nove Colli

nove-colli-057.jpgIl est midi sur la ligne de départ, déjà 35° à l’ombre, 95 coureurs attendent sous ce soleil de plomb le top départ de cette 12ème Nove Colli. Nous sommes déjà en sueur avant même d’avoir couru le moindre mètre. Un mois après les trombes d’eau de Belvès, le changement est radical.
Tradition oblige, le frèrefranscicain bénit le peloton 5 minutes avant le départ. Son allocution nous ramène à des valeurs que l’on retouve sur ces épreuves à savoir humilité, courage, patience. La via dolorossa est dure, très dure, donc forcément magnifique pour qui parviendra au bout de ses 202 km. La délégation française compte 20 coureurs, dont Jean-Jacques Moros, membre des france 100km et recordman de la Nove Colli , Albert Vallée, récent champion de France V2 de 100km et 24 heures, 3èmeà la Badwater, le trio savoyard ThibautCahez (double finisher à la Nove Colli et un record à 7h59 sur 100 bornes, Eric Derivaz (finisher Nove Colli, Transe Gaule, 10èmeau dernier championnat de France de 24 heures) et Alain Pageaux (18ème au MDS, 8èmeà le Desert Cup, vainqueur de raid en Afrique). Je retrouve aussi avec plaisir Eric Kréa et Philippe Poly de la Mil’Kil’. Nous avions passé de bons moments ensemble l’été dernier, on a l’impression de s’être quitté la veille. Gérad Ségui 2èmeà la 555), un autre ardéchois, dont je ferai enfin connaissance et aussi Gilles Commarmond, un ami caladois (désert Cup, MDS, Spart) font partie du voyage. Les autres coureurs français sont des habitués de ce type d’épreuve comme le sparthatlon, la sakura Michi et autres Badwater. Pour terminer le tour d’horizon des inscrits, un international italien avec 248km aux 24 heures et Monica Casiraghi, championne du monde du 100km et 3èmedes 24 heures. Le niveau de la course est très relevé, les italiens ressemblent quasi tous à des statues greques, une fois de plus, je me demande ce que je suis venu faire là…..

Le départ est donné, je me cale à une allure de 10km/h, le peloton s’étire très vite. Je reste avec JJMoros, on papote pendant la 1ère heure, me parle de cette course avec passion et de cette sensation de plénitude lorsque l’on passe sous la flamme rouge. Je garderai en mémoire cette discussion pendant toute la course et m’accrocher à cette image durant de nombreuses heures.
Le passage au semi, pied du premier col en 2 heures 5, déjà quelques problèmes d’hydratation, je suis en panne d’eau depuis 30 minutes, je le paierai plus tard. Je retrouve Philippe et Eric qui se restaurent, nous repartons ensemble, puis chacun grimpe à son rythme, les pourcentages sont impressionnants autour de 15, la marche s’impose pour la très grande majorité, le soleil nous accompagne toujours et les dégâts se font sentir. Monica, la championne italienne est les bras en croix sur la route au 50ème, sa course s’arrête là. La première barrière horaire est au km 57 pour 7h30. En temps normal, rien d’impossible, mais là pour moi tout se complique, je suis encore en panne d’eau, je vomis régulièrement, n’arrive déjà plus à m’alimenter, je ne suis même pas au marathon. Je passe enfin cette 1ère barrière avec Gilles en 7h15. Le directeur de course, voyant les défaillances se multiplier accorde 15 minutes supplémentaire pour ce 1erpointage. Philippe Grizard la passe juste puis se retrouve allongé sur la route déshydratation sévère, tétanie dans les bras, jambes, thorax, il sera hospitalisé. Les nouvelles seront rassurantes le lendemain. Je continue ma route en veillant à ma réhydratation, mais il est un peu tard. La nuit commence à tomber, direction 2èmebarrière horaire, je cours seul mais avec Gérard Ségui et Gilles , c’est un peu le yoyo permanent. Au kilomètre 70, le moment tant attendu arrive, le vallon des lucioles, j’éteins ma frontale est me retrouve tout de suite en pleine féérie, ce ballet lumineux est superbe, elles sont partout, je me fraye un passage au milieu de cet enchantement. J’oublie un peu mes douleurs et la fatigue. J’arrive enfin au sommet du 4èmecol le Babbotto, kilomètre 84, j’ai 35 minutes d’avance sur la barrière horaire. J’apprends que les 5 premiers viennent de jeter l’éponge dont Albert Vallée et Jean-Jacques. Les dégâts sont aussi importants devant que derrière. Philippe Poly a abandonné, je le retrouve au ravitaillement, il semble désabusé mais heureux pour nous qui sommes toujours en course. Marianne et 2 autres français n’ont pas passé la 1ère barrière. Je suis à ce moment là 62ème, mais toujours vivant. La soupe dont je me régalais à l’avance n’est plus disponible, les coureurs d’avant ont tout terminé, même sur les tables de ravtaillement l’eau se fait rare. Il fait encore au moins 25 degrés, il est minuit. Les douleurs tout d’un se font plus violentes, j’ai sans arrêt enfin d’uriner, mais c’est de plus en plus douloureux, l’urine est noire, je commence à m’inquiétersérieusement d’autant que dès que je bois une goutte d’eau, je ne peux la garder. On me conseille gentiment de soit m’arrêterun grand moment pour me faire masser et prendre le temps de la réhydratation, soit d’abandonner, si je sens que je mets ma santé en danger. Je n’ai pas encore le sentiment d’être en perdition, il me reste 2 h10 pour allerau kilomètre 101, c’est à dire se recaler à 10km/h, celà me parait difficillementjouable, déjà 12 heures que je suis sur la route et la pente est toujours présente. Je repars quand même, je me force à tenir une allure digne de ce nom dans les parties montantes, soit 7km/h. Il reste 5 kilomètres et 28 minutes pour arriver, 4 italiens sont résignés au ravitaillementet se sont assis et enlevé le dossard, m’invitent à en faire autant. Je m’étais promis de ne pas abandonner, que seul le directeur de course pourrait m'en empêcher si je suis en retard sur les barrières horaires. Je bois un verre de coca et me lance dans la descente, je me fais violence, Isa a mis les baskets et m’accompagne sur cette portion, son soutien est précieux et je pointe 5 minutes avant le temps limite. Je suis aux anges, mais l’effort a été trop violent, je vomis pendant un grand moment le peu de réserves qui me restaient. J’apprends en arrivant que 30 minutes supplémentaires sont accordées, je me suis fais mal pour rien.
Prochain objectif kilomètres 158 pour 23 heures, ambitieux ! Il est 3 heures du matin , les premiers cyclistes nous doublent et nous encouragent très chaleureusement. Je vois au loin une lueur de lampe frontale, je rattrape Alain Pageaux qui est littéralement scotché sur la pente, pourtant c’est un super trailer, on reste ensemble 5 minutes et je file, ou plutôt il décroche. On se retrouvera au ravitaillement km116, je repars quand il arrive pour dormir 10 minutes. Lui aussi souffre du même mal que moi pour uriner, la présence de sang commence vraiment à nous faire peur, c’est aussi très douloureux. Le jour pointe, j’éteins ma frontale et me mets en mode veille, marche tranquille pour récupérer un peu. Un seul véhicule de ravitaillement pour tous les coureurs français, on le voit très peu, Isa est désespérée de ne pas pouvoir m’amenerautant de réconfort et de soutien. J’atteins cette dernière barrière horaire, je peux maintenant me laisser glisser jusqu’à l’arrivée même si je mets 35 heures, je serai classé. La pression retombe d’un coup et je suis quasi à l’arrêt sur la route, la voiture de l’organisation me tanne sans arrêt pour que j’abandonne, pas mal de coureurs sont déjà dans le véhicule et tous attendent que je mette le clignotant. Il me reste 44 kilomètres, je ferai l’effort à chaque fois que je les verrai de trottiner quelques mètres. Au bout de 2 heures, ils ont compris que je ne prendrai pas leur mini-bus accueillant et climatisé, je suis à l’agonie en plein soleil, mais j’avance, Isa m’accompagne sur une dizaine de kilomètres, mais la fatigue et un releveur récalcitrant auront raison de sa tenacité. Je serai donc seul pour les 25 derniers kilomètres. Gérard Ségui et Pierre Mitev ont aussi jeter l’éponge au pied du dernier col.

 Je n’ai plus de force, je n’ai rien mangé de la course, si ce n’est un biscuit, une soupe et quelques tomates. Je mettrai près de 7h30 pour faire le dernier marathon, ça peut faire sourire pas mal de monde, moi le premier.

Je termine 33ème, dernier classé, un triathlète italien me passe à 4 kilomètres de la banderole, peu importe, je suis très heureux de terminer, pour une première, c’était dantesque. Je franchis la ligne, un officiel me passe la médaille, me donne le diplôme qui fait de moi un »uomod’acciaio » homme d’acier, ils sont marrants ces italiens. Je retrouve Isa et Philippequi nous prend en photo et qui a eu pitié de moi, il est venu me chercher en voiture, il se doutait que je n’aurai ni la force ni l’envie de faire 3 kilomètres supplémentaires pour rentrer à l’hôtel.

Course réussie aussi pour mes amis mil’killer Eric Kréa et Philippe Rosset. Seulement 8 français à l’arrivée sur 20.

Le « toujours plus » devient pour moi de plus en plus dur. Ce passage obligé pour le sparthaltlon, mon Graal, a fait éclaterau grand jour mes faiblesses. Je ne pourrai pas toujours terminer ces courses hors normes, rien qu’avec le mental. Tôt ou tard, il faudra que j’adopte un entrainement et un rythme de vie plus en adéquation avec mes objectifs.

Dans 3 semaines, les 48 heures d’Antibes, je ne peux pas marcher, on verra, puis 3 semaines après l’intégrale de Riquet, encore 2 gros morceaux avant la Mil’Kil’

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :