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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 14:08

SPARTATHLON-206.JPG

 

Je suis Spartathlète, ça c'est la bonne nouvelle, enfin pour moi.

Pour tout coureur d'ultra qui se respecte, le Spartathlon est une sorte d'aboutissement. Ce qui a pu se passer avant, les épreuves parcourues et endurées n'étaient que le prélude, que la préparation à cet ultime défi.

J'ai pu le vérifier cette année, être finisher demande une abnégation au delà de ce que je pouvais bien imaginer. A mon avis, la préparation physique n'a que peu d'importance, on se doit d'être prêt et fort dans sa tête avec une détermination à toute épreuve.

Avec une prépa minimaliste , en moyenne 50 à 60km/semaine (ce qui peut paraitre très insuffisant pour un marathon), j'ai pu boucler l'épreuve reine de l'ultrafond, ce qui est une aberration. Lors de nos discussions d'après course, j'ai été gêné à l'évocation de ces kilométrages. D'autres plus talentueux et entrainés (autour de 150 à 200km/semaine) n'ont pu boucler. Leur objectif était parait-il de boucler, mais leur ambition était peut être supérieure.

Sauf que là, il ne s'agit pas d'un 100 bornes ordinaire, sans dénigrer le 100 bornes, mais chaque once d'énergie doit servir à se rapprocher de Sparte avant d'envisager un éventuel chrono, sauf pour une poignée d'extraterrestres.

L'épreuve ne se court pas à partir d'une extrapolation de la VMA ou d'une feuille de calcul excel. Il convient d'arriver avec beaucoup d'humilité et se rappeler que tous les compteurs sont remis à zéro au pied de l'acropole. La pression de l'instant est écrasante.

DSCN9673.JPGDernière photo de groupe avec les français et nos amis suisses, puis nous nous plaçons sur la ligne de départ en attendant le signal libérateur. Nous nous croisons une dernière fois, les mots sont superflus, personne ne pense à fanfaronner. Le départ est donné, j'essaie tout de suite d'être le plus économique dans la foulée et ne me perd pas en discussion futile, la pénombre est encore présente, le faux plat descendant nous amène à la sortie du centre ville. La circulation est arrêtée, c'est l'heure où les athéniens vont au boulot et notre passage se fait sous un concert de klaxons, entre ceux qui nous encouragent et ceux qui voudraient rejoindre leur lieu de travail..

Les kilomètres défilent, je ne m'arrête pas aux 2 premiers CP, j'ai fait le choix de courir avec 2 gourdes bien rangées dans le porte bidon que Françoise m'a donné et qui a déjà l'intégrale de Riquet, la Nove Colli, la Transe Gaule, la Mil Kil à son actif.

Je jette un oeil aux temps de passage et temps limite affichés sur les panneaux. 10 minutes d'avance au semi, je me pose pour essayer de manger un bout (2 biscuits apéro et un bout de banane, je ne me régale pas !). Je suis dans les mêmes eaux que Thierry Adeline et Marc Heurtault. Il fait encore frais et je reste concentré sur mon objectif qui est Corinthe au km81 avec ses 9h30 de barrière horaire. Je rattrape JB et Philippe Rosset, qui se plaint déjà de crampes. Nous longeons la mer sur une sorte de corniche, c'est assez sympa. On a bien fait d'en profiter puisque jusqu'au marathon, nous aurons droit à des zones industrielles et autres raffineries où les odeurs les plus nauséabondes se côtoient. La circulation est incessante et nous progressons sur des voies rapides où les autos et camions nous frôlent à vive allure.

 Passage au marathon en un peu moins de 4h15, c'est tout bon, je suis avec JB et Stéphane Madec, on ne force pas et notre rythme est suffisant autour de 20 à 25 minutes d'avance sur les barrières horaires. Le soleil commence à cogner, j'ai de plus en plus de mal avec le sirop dans mes gourdes, je suis obligé de m'arrêter pour soulager mon estomac, je reste bien 10 minutes allongé dans ce caniveau qui en a sûrement vu d'autres. Les coureurs passent. je me relève, je n'ai plus de jambes. Je me remets en mouvement et constate avec horreur que les barrières horaires se rapprochent tout doucement, je n'ai plus que entre 5 et 10 minutes d'avance. Au kilomètre 70, je retrouve Philippe Grizard qui a abandonné (16 DNF en 16 départs, c'est le record), il ne semble pas affecté outre mesure, il me motive alors que je m'assieds pour essayer d'ingurgiter quelque chose, l'écoeurement est passé, mais le réservoir est vide, tout comme les ravitos pour les derniers, c'est eau chaude ou coca tiède, BEURK !!!

Je repars tant bien que mal en pensant à l'assiette de pâtes qui m'attend à Corinthe, ainsi qu'une bonne bière fraiche. J'ai déjà dans l'idée que je ne pourrais pas arriver dans les temps et que même si j'y arrive, je n'en repartirais pas, c'est trop tôt pour être aussi mal. 

 

        Didier à Corinthe

DSCN9724.JPG

 

 

 

Je passe au dessus du canal de Corinthe, c'est sympa et impressionnant, le CP est à 1 ou 2 kilomètres. Isa s'impatiente et voit le chronomètre défiler, j'arrive enfin, il est 15h22 pour une fermeture du CP à 15h30. Ce qui compte sur le Spartathlon, ce n'est pas l'heure où le concurrent arrive au CP, mais celle à laquelle il doit en être reparti. Je vais directement sur le matelas installé à même le sol. Isa arrive avec Brigitte, l'épouse de Marc Heurtault. Elle me tent une assiette de pâtes froides qui me dégoûte, le CP est installé à proximité d'une décharge et l'odeur qui y règne est insoutenable. Pour les estomacs fragiles, c'est l'idéal. Je bois avec grand plaisir la bière si convoitée, mais ne me relève pas. Il reste 1 à 2 minutes avant la fermeture, Isa réussit à me convaincre, je savais au fond de moi que je repartirai. Il est 9h30 quand je requitte le CP, plus de marge, c'est la guerre des nerfs qui commence !!!!

 

 

 

 

 

Tout le monde dit que les barrières s'éloignent en quittant Corinthe, c'est faux, ceux qui ont de l'avance les ont vues se rapprocher et ceux qui sont justes, vivent avec jusqu'à leur mise hors course. Je passe les 5 CP suivants avec 1 à 2 minutes d'avance, je suis encore en vie. Je rattrape à nouveau JB, nous ferons route ensemble jusqu'au 100ème km.

Nous avons une avance confortable de 5 minutes !!! Je me retrouve tout seul en pleine nuit sans lumière, j'essaie de continuer à progresser, je sais que mon avance est mice, je vois une lueur 50 mètres devant, j'allonge et rattrappe le concurrent. Encore une autre lumière devant, j'accélère, et ainsi de suite, je reprends un peu de temps.

 

DSCN9737.JPG

Nous traversons l'ancienne corinthe, c'est sympa, les routes sont plus tranquille et la campagne plus accueillante. En route vers Néméa, où un gros CP est en place au km123. Je jongle encore avec les barrières en fonction du profil de la route. J'arrive au CP où un bénévole m'annonce que je suis hors course pour 10 minutes, c'est la douche froide, je ne pensais pas être aussi en retard, tout au plus 1 à 2 minutes et j'aurai pu négocier. Je défais ma ceinture. Isa est effondrée tout autant que moi, je me pose sur une chaise et attends, quoi, je n'en sais rien. un miracle, je n'y crois et pourtant ce miracle a lieu, un ou deux concurrents japonais (coureurs très appréciés des organisateurs grecs) arrivent derrière moi et sont autorisés à repartir. Le directeur de course vient me voir, a vu que je n'étais pas si mal que çà, me demande si je veux repartir. Je dis oui sans réfléchir. Dans ma tête, j'avais déjà abandonné, il faut se remettre dedans, je ne suis même pas changé et il est 11 heures du soir, j'ai maintenant 20 minutes de retard quand je repars de Néméa.

Le deal est clair, il me laisse repartir parce que je lui ai dit que je pouvais encore courir, il me suivra pendant encore un bon marathon. Au CP suivant, je n'ai plus que 15 minutes de retard, l'officiel me fait remarquer qu'il m'a toujours à l'oeil et m'attend au suivant. J'ai regagné encore 10 minutes, l'effort est violent mais je n'ai plus que 5 minutes de retard. Au suivant, je repasse en positif avec 3 minutes d'avance. Cette fois, je me mets à reprendre espoir.  Je suis surveillé de très près, ce qui me met une grosse pression, je sais qu'au moindre faux pas, je saute. Je rejoins Jean Lapeyre et cours à ses côtés pendant 2 bonnes heures. Son soutien me fait du bien, je peux enfin sortir mon esprit de ces satanées barrières horaires, on parle de tout, mais surtout de la course et de ce qui nous attend. La longue montée sur la route jusqu'au pied de Sangas nous entame encore un peu et nous reprenons très souvent des coureurs. Arrivés au CP, on nous annonce qu'il nous reste moins de 2 minutes pour quitter le CP, nous qui voulions nous poser un instant pour prendre une soupe, c'est raté.

Voilà la partie trail du Spartathlon, c'est assez féerique avec ces petits lumignions qui tracent le chemin. La pente est raide et je m'aperçois très vite que certains coureurs sont plus à plaindre que moi, ils sont scotchés sur la pente et glissent sur le cailloux.

J'en double encore quelqu'uns et Jean a décroché; J'arrive au CP qui est situé au col, il fait froid, le vent glacial nous transperce, j'ai maintenant 7 minutes d'avance. Je bois un café et me lance dans la descente, lancé et un bien grand mot, c'est hyper casse-gueule, je reprends encore quelques coureurs. Les japonais ne sont pas les plus rapides sur cette portion.

Le jour pointe, il fait frais, j'arrive à Nestani km172 avec 12 minutes d'avance sur le cut off, voilà 24 heures que je suis sur la route. Plus que 74 kilomètres, je commence à y croire. J'avais prévu de me changer à cet endroit, donc tenue légère pour la 2ème journée avec ses 30° annoncés. Maillot manches courtes, je laisse ma veste sans manches à regrets. je sais que j'ai mes manchettes dans mon porte bidon. Je repars en marchant et en finissant de m'habiller. Damned, je n'ai ni mes manchettes, ni ma casquette, ça va être l'enfer. J'essaie de relancer, mais j'ai froid, les jambes sont raides et je grelotte, je claque des dents. Je continue à reprendre des concurrents, mais je reste toujours dans les derniers avec les véhicules qui ferment la course pas très loin. Puisque les coureurs doublés sont assez rapidement éliminés derrière. c'est assez difficile de rester serein. La chaleur commence à monter, je m'arrose la tête à chaque CP pour ne pas risquer le coup de chaud. les premières hallucinations arrivent, les branches d'arbres que l'on prend pour des gens qui nous épient, des rochers à forme d'animal. Nous reprenons des routes larges et à grande circulation, je titube de temps en temps, je recommence à perdre du temps, je suis entrain d'attraper un coup de chaud, pas d'ombre. Autour du km 195, je rejoins Stéphane Delmas, quelques mots échangés puis chacun reprend son rythme.

Je n'ai rien mangé depuis hier matin au petit déjeuner, je suis sur la réserve, je n'avance plus et ma maigre avance sur les barrières diminue à vue d'oeil. Une montée sévère commence, je marche comme tout le monde, mais à chaque virage où l'on croit que l'on va basculer, ça monte encore, et encore et encore. J'enrage sur la route tantôt les mains sur les genoux, tant à crier ma colère. J'arrive enfin en haut au bout d'une bonne heure et je n'ai plus qu'une minute sur l'horaire, l'écrémage a encore eu lieu par l'arrière, je suis à nouveau dans le rouge et sans réserve. Je prends un peu de boisson isotonique, ça passe assez bien, j'en remplis ma gourde et reprends ma route, en ayant pris soin de me rafraichir la tête. Je cours maintenant avec Kimie, une japonaise d'1m50, mais qui a déjà gagné l'épreuve féminine. Une voiture venant en sens inverse me klaxonne et m'encourage, puis s'arrête. Isa, Brigitte, JB et Stéphane Madec en descendent et me boostent pour la partie finale. JB me tend une bière et me dit qu'avec un quart d'heure d'avance c'est gagné, je veux bien le croire, mais n'en suis pas persuadé. Les 12 derniers kilomètres en descente me permettent de reprendre Ludovic Chorgnon, nous allons pas très vite. Au dernier CP, le panneautage commence à m'intriguer, on nous annonce Sparte à 3,9 km, je trouve que l'on a beaucoup d'avance. Je repars un peu inquiet. 3 kilomètres plus loin, nouveau CP, on nous annonce 1,9 km avec la statue du roi Léonidas. J'angoisse et accélère, les policiers nous accompagnent, ainsi que des gamins qui courent et pédalent autour de nous. J'aperçois au loin la statue, cette fois c'est gagné, je relâche et apprécie l'instant, je ralentis pour attendre Kimie. Des coureurs arrivés ou ayant abandonné nous font une haie d'honneur ainsi que des spectateurs bruyants. Le promontoire où se trouve la staue est encombrée c'est bien ma veine, je dois attendre, c'est un grec qui vient d'arriver avant moi et les supporters et photographes sont nombreux. On m'accueille enfin, je touche le pied, on me remet la couronne d'olivier et je bois l'eau du fleuve sacrée. J'embrasse Isa, JB, toute personne connue avec qui je veux partager cet instant. On me dit que j'ai fait quelques chose d'extraordinaire avec les barrières au cul pendant près de 170km, je n'en ai pas vraiment conscience. Quelques photos, il est temps de laisser la place. Moi qui pensais être  submergé par l'émotion, je suis resté, émotionnellement parlant, très en dedans.

SPARTATHLON-196.JPG

Place aux soins où de jeunes infirmières nous déchaussent, nous rincent les jambes dans une eau "bétadinée", c'est la coutume. C'est agréable de se laisser réconforter.

Il est temps de monter dans le taxi qui nous mène à l'hôtel qui est à à peine 400m. Mais avant cela, un jeune venu voir les coureurs me marche sur le pied ou j'avais les plus grosses ampoules, je pousse un cri et me tors de douleur. Il est très embarrassé et s'attend à une volée de bois  vert. Aujourd'hui, c'est fête, un grand jour, je l'absous, un vrai prince de Sparte !!!

Par Lolo07
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